La crise du Covid-19 : de nouveaux comportements alimentaires ?
La période de confinement imposée par le Covid-19 a bousculé les habitudes de consommation et les comportements alimentaires des français. Quelles sont ces nouvelles habitudes ? Vont-elles perdurer après le Covid 19 ?
Quels seront les impacts de cette crise sanitaire sur les habitudes de consommation ?
La crise du coronavirus sera-t-elle comme beaucoup de crise, un révélateur de certaines tendances déjà existantes ?
De nouvelles habitudes de consommation avec le Covid-19
Les Français déclarent avoir modifié certaines de leurs habitudes de vie pendant cette période de confinement, qui implique pour eux certains renoncements (ralentir ses activités de loisirs pour 70 %)… mais également certains avantages. 63 % consacrent plus de temps à leur bien-être, 72 % à l’aménagement de leur domicile (intérieur et extérieur), 35 % estiment pouvoir faire plus de sport.
Et du point de vue de l’alimentation ?
Budget alimentaire plus important
Coté budget, une majorité de Français (54 % des répondants) constate que l’enveloppe dédiée aux courses alimentaires a augmenté depuis le début de l’épidémie du COVID-19. Un budget supplémentaire qu’ils attribuent principalement à la hausse des prix (64 %) mais également à l’augmentation de leurs charges alimentaires (pas de tickets restaurant ou de cantine, alimentation des enfants, etc.,37 %) ainsi qu’à l’augmentation du temps passé en cuisine.
L’augmentation des prix est constatée par 80 % des consommateurs, notamment dans les hypermarchés (74 % des Français y estiment les produits plus chers qu’avant) et les commerces de proximité (67 %), la vente en direct (57 %) ou en ligne (53 %) apparaissant un peu moins accusées d’augmenter les prix.
Le critère prix reste tout à fait déterminant dans la sélection des produits : 57 % des Français disent accorder davantage d’importance au prix depuis le début de l’épidémie.
Le prix va redevenir très vite un critère de choix prépondérant, du fait de l’impact de la crise sur leurs finances.
Drive et livraison à domicile
Les Français indiquent avoir peu changé d’habitudes concernant leurs circuits d’approvisionnement et avoir respecté la consigne d’aller « à l’essentiel » dans leur consommation.
Les achats sont effectués dans les mêmes endroits qu’auparavant, là où tous les types de produit sont présents : à savoir, les supermarchés pour la majorité des Français. Cependant, tous les types de commerce voient leur fréquentation globale baisser. Ce sont les modes de courses « alternatifs » qui tirent leur épingle du jeu, mais dans une proportion limitée. Ainsi, 20 % des Français consomment davantage en drive, 9 % se font même livrer davantage de paniers de fruits et légumes.
Le drive a connu un fort essor pendant le confinement. d’après l’étude menée par Ipsos pour L’Observatoire E.Leclerc des Nouvelles Consommations, 20 % des Français (soit + 9 points qu’avant la crise) disent ainsi utiliser davantage les services de drive pour passer commande en ligne et récupérer leurs produits directement dans leur coffre de voiture au drive sélectionné. Et 7 % des répondants (soit + 2 points) se sont dirigés vers les services de livraison de courses à domicile que proposent certaines enseignes de grande distribution.
La hausse spectaculaire du drive a compensé la baisse de fréquentation que connaissent les grandes surfaces.
Le drive a fait de nouveaux adeptes, il a attiré de nouveaux profils de consommateurs qui n’avaient jamais utilisé ce service auparavant. 7 % des Français l’ont utilisé pour la première fois depuis l’entrée en confinement, et 2 % prévoient de continuer, ce qui revient à 30 % de clientèle en plus pour ce mode de distribution.(Kantar).
Le fait-maison
Les français ont profité du confinement pour se remettre aux fourneaux et pour prendre soin de leur alimentation en cuisinant des repas équilibrés avec des produits de qualité, locaux et de saison.
69 % des Français disent profiter du temps qu’ils ont en confinement, pour cuisiner de bons petits plats maison.
On constate ainsi une baisse de la consommation des plats préparés (28 % des Français en achètent moins qu’avant la crise).
Le paiement sans contact
Depuis le coronavirus, les paiements sans contact ont explosés ! Les opérations par cartes bancaires sans contact ou smartphone ont progressé de l’ordre de 4% depuis le début de la crise sanitaire.
Pour des raisons sanitaires ce moyen de paiement a été favorisé et recommandé. Le plafond de paiement sans contact a même été relevé à 50 € au lieu de 30 €.
Les français sont donc de moins en moins réticents à y recourir et de plus en plus nombreux à autoriser leur banquier à rendre la carte de crédit opérationnelle pour ce genre de paiement… Les craintes de piratage s’estompent et l’usage du paiement par téléphone portable prend également de l’ampleur.
Circuits courts et produits frais, locaux et bio
Kantar affirme que les Français sont désormais 58 % à préférer faire leurs courses au plus près de chez eux, et 42 % à éviter les hypermarchés, ces très grandes surfaces à la périphérie des villes où les Français craignent de croiser trop de monde. Cette crise a été l’occasion de repenser leur façon de faire les courses, en privilégiant les circuits courts, les commerces de proximité, la vente directe auprès des producteurs locaux ou encore en achetant plus de produits bio.
Les raisons sont diverses : soutien aux producteurs qui écoulent difficilement leurs productions (horticulteurs, maraîchers), assurance de croiser moins de monde, diminution du nombre de manipulations donc de contamination possible…
Le commerce de proximité
Depuis le début du confinement 26 % des français ont plus fréquenté les commerces de proximité.
Les commerces de proximité bénéficient d’une meilleure image que les grandes enseignes. Les français ont confiance dans la qualité de leurs produits et leur respect des mesures de sécurité. On note également une réelle volonté de soutenir les petits commerçants.
Produits frais et locaux
37 % des français achètent davantage de produits frais depuis le début de la crise sanitaire, tout comme les produits issus de circuits courts pour 37 % des répondants. A noter, l’origine est même désormais le premier critère de choix pour les fruits et légumes : 44 % des Français y font plus attention qu’auparavant.
63 % des interrogés indiquent « consommer le plus possible de produits locaux pour soutenir l’économie ». Certains français ont fréquenté assidument des réseaux de producteurs locaux, comme en témoigne l’explosion des drives fermiers.
Origine française
76 % apportent un soin particulier à consommer plus de produits Français qu’avant.
Dans cette période, la consommation de produits Made in France apparait comme un enjeu patriotique. Consommer Français est donc un objectif pour 83% des français, pour soutenir l’économie française (87 %) mais aussi pour soutenir les producteurs et professions françaises en difficulté (89 %).
Cependant 71% confirment qu’il est parfois difficile pour eux d’aller vers des produits français, car ils sont plus coûteux à l’achat.
Engouement pour le bio
La pandémie Covid-19 a accentué la dynamique de produits bio. 47 % estiment ainsi consommer davantage bio pendant la crise sanitaire.
Les produits bio sont non seulement en très forte croissance en grandes surfaces mais en plus l’écart de croissance avec les produits conventionnels se creuse. A cette croissance en grandes surfaces, s’ajoute le développement des achats en magasins bio spécialisés qui connaissent également une forte croissance en cette période de confinement.
De nouvelles habitudes de consommation qui vont perdurer ?
La crise du coronavirus va-t-elle donner naissance à une nouvelle génération de consommateurs ? Les nouveaux réflexes observés pendant la crise sanitaire (porter attention au prix, à l’origine des produits, à la qualité du produit, le recours au drive, le retour au local…) vont-ils perdurer ?
Certains comportements devraient persister, d’après les différentes études : 95 % des répondants déclarent qu’ils continueront à faire davantage attention au critère prix après la crise sanitaire, 93 % aux qualités nutritionnelles des produits et 92 % à l’origine de ceux-ci. 87 % pensent continuer à se faire livrer des paniers de fruits et légumes et 76 % à utiliser le drive.
A l’évidence, certains consommateurs qui n’utilisaient pas internet pour leurs achats du quotidien auront pris de nouvelles habitudes pendant le confinement, et seront durablement convertis pour une partie de leurs achats.
Repenser sa consommation ?
Avec la forte prise de conscience écologique qui a eu lieu l’année dernière, le confinement a poussé une partie de la population à revoir leurs priorités, à repenser leur manière de consommer. Cette expérience de « déconsommation forcée » les a amenés à passer à autre chose, à consommer moins mais mieux et plus intelligemment. 65 % estiment qu’il s’agit d’un mode de vie avec lequel ils se sentent finalement à l’aise, au moins en partie (seuls 17 % se sentent « tout à fait à l’aise »). Il est fort probable que ce phénomène perdure.
Mais les français restent tout de même attachés à des éléments de leur mode de vie (restaurant, bars, spectacles…) hors confinement, avec lequel, néanmoins, une distance s’est installée.
Changement de mode de vie ou reprise de l’hyperconsommation ?
Les français ne vont pas être touchés de la même manière par cette crise. Les inégalités vont se creuser. Du fait des baisses de revenus qui seront différentes et de la manière de consommer.
La crise sanitaire a mis en lumière deux manières de consommer très différentes : une population qui décide de consommer moins mais mieux, et une population frustrée de ne pas pouvoir consommer comme elle l’entend.
La moitié des français s’estiment frustrés dans leur consommation. Un chiffre beaucoup plus élevé chez les plus jeunes (64 %) et les 35-49 ans (61 %), c’est-à-dire dans les générations actives, et chez ceux qui vivent aujourd’hui assez mal leur confinement (75 %).
Les français sont encore partagés sur ce qu’ils conserveront de cette période de crise sanitaire : 47 % estiment avoir surtout envie de retrouver le plaisir de consommer et de se faire plaisir, quand 53 % manifestent une envie de rester dans une forme de frugalité et de ralentissement de la consommation, de manière choisie, cette fois.
Cependant, les français sont désormais plus nombreux aujourd’hui à considérer que beaucoup de choses vont changer dans leur mode de vie que ceux qui considèrent ce passage comme une parenthèse.
La crise a alimenté une réflexion générale et certaines tendances de consommation qui apparaissaient avant le coronavirus, comme le fait de consommer de la qualité, que ce soit au niveau environnemental ou sociétal pourraient en sortir renforcées.
Pour en savoir plus :
Enquête 2/3 : « Vécu et leçons du confinement : quels changements se dessinent pour le jour d’après ?» –
Les Zooms de l’Observatoire Cetelem 2020 – avril 2020
Consommation : le COVID-19 change la donne !
L’Observatoire E.Leclerc des nouvelles consommations – 06/05/20
Le Drive et la livraison à domicile : superstars du confinement ?
L’Observatoire E.Leclerc des nouvelles consommations – 07/05/20
Consommation et COVID-19 : Tous en cuisine ?
L’Observatoire E.Leclerc des nouvelles consommations – 07/05/20
Les Français et la consommation de produits alimentaires pendant le confinement
Max Havelaar / Opinion Way – Avril 2020
Quel sera l’impact du confinement sur nos choix alimentaires ?
Influencia.net – 15/05/20
La santé du bio en France au révélateur du Covid-19
www.nielsen.com – 08/04/20
Dossier Technique publié le 20/05/20

