Marché du bio: les artisans consolident leur place dans la reprise
La consommation à domicile repart à la hausse, tirée par les circuits de proximité (magasins spécialisés, vente directe et artisanat) alors que la grande distribution poursuit son repli.
Si les freins liés au prix et à la multiplication des labels continuent d’affecter la confiance des consommateurs, les acteurs de terrain, et en particulier les artisans, profitent d’un regain d’intérêt pour la qualité, la transparence et le lien local.
Ce dossier dresse un état des lieux du marché, met en lumière les dynamiques de reprise et analyse les leviers qui pourraient consolider durablement la consommation de produits biologiques.
Le marché du bio en 2024
L’Agence Bio a présenté le Panorama 2024 du bio ainsi que son Baromètre des produits biologiques en France (édition 2024).
Les chiffres clés 2024
Après deux années difficiles, 2024 présente des signes encourageants pour la filière biologique française. Le marché du bio se stabilise, représentant aujourd’hui 12,2 Mds€ dans la consommation à domicile, soit une croissance de 0,8 % par rapport à 2023.
Cette reprise se constate particulièrement dans les magasins bio, l’artisanat et la vente directe, chacun enregistrant une croissance de 7 %, tandis que la grande distribution recule de 5 %.
Le bio représente 6 % des achats alimentaires des Français, chiffre stable par rapport à l’an dernier et comparable à celui des États-Unis.
En hors domicile, la consommation bio progresse faiblement : dans les cantines, elle représentait 6 % des achats en 2023, avec seulement 8 % de croissance sur l’année. La restauration commerciale affiche un niveau faible de 1 % d’achat en bio, avec une croissance modeste de 3 % en 2024.
Milliards d'euros de chiffre d'affaires (+0,8% vs 2023)
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Poids de l’alimentation bio dans le panier
Restauration bio (516 M€ en restauration collective et 331 M€ en restauration commerciale)
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part du bio hors domicile
Les acteurs du marché du bio
En 2024, la consommation de bio est tirée par les magasins bio, les artisans-commerçants et la vente directe, compensant le recul de la grande distribution.
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Grande distribution généraliste (-5,1%)
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Distribution spécialisée bio (+6,5%)
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Vente directe (+7,4 %)
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Artisans-Commerçants (+6,9%)
Les artisans-commerçants enregistrent également une croissance de 6,9 % en 2024, soutenue par la vente de vins bio, la boulangerie-pâtisserie artisanale et le développement d’épiceries vrac ou de magasins de producteurs.
La grande distribution, bien qu’encore majoritaire, continue de perdre du terrain (-5,1 %), traduisant la recherche accrue de valeur, transparence et proximité dans les achats bio.
Baisse du nombre d’artisans certifiés bio
Le nombre d’entreprises de l’aval certifiées bio (transformateurs, distributeurs…) continue de diminuer en 2024 (-4,5 % par rapport à 2023), après des baisses régulières depuis 2022.
• Artisans-commerçants : –6 %
• Restaurateurs-traiteurs : –6 %
• Entreprises de transformation : –4 %
Les secteurs les plus impactés sont les commerces de détail (-24 %), les boissons (-18 %) et les boulangeries-pâtisseries (-14 %).
La consommation bio en 2024
Les consommateurs de produits bio en 2024
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des Français achètent du bio au moins une fois par semaine
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des Français achètent du bio au moins une fois par mois
Stabilisation de la consommation
La consommation de produits biologiques se stabilise : 30 % des Français achètent du bio au moins une fois par semaine, et plus de la moitié (54 %) au moins une fois par mois.
Bien que le prix reste un facteur de préoccupation, l’impact de l’inflation diminue : 39 % des Français limitent leurs dépenses alimentaires pour des raisons financières, en baisse de 5 points par rapport à l’an dernier.
La consommation reste liée au niveau d’éducation et aux revenus :
• 50 % des plus diplômés mangent bio chaque semaine (12 % tous les jours), contre 21 % des moins diplômés (5 % quotidiennement)
• 45 % des foyers gagnant plus de 2 500 € par unité de consommation (UC) consomment régulièrement du bio, contre 23 % pour les revenus inférieurs à 1 000 €/UC
Profils des consommateurs
Le consommateur bio est pluriel, avec une forte présence des jeunes : les jeunes de moins de 34 ans restent les plus nombreux à consommer régulièrement des produits bio et 9 % des 18-24 ans consomment du bio tous les jours.
La part du bio dans l’alimentation quotidienne recule légèrement : 57 % des gros consommateurs déclarent que plus de la moitié de leur alimentation est bio, soit une baisse de 5 points en un an, représentant 4 % des Français au total.
Des achats en légère reprise
• 24 % des Français en achètent plus souvent qu’il y a un an (+2 points vs 2023)
• Ceux qui en achètent moins sont désormais 13 % (contre 18 % en 2023)
• La stabilité progresse (+3 points)
Ventes de produits de boulangerie bio :
Viandes bio 2024
589 M€ en 2024 (-5,9% vs 2023)
Circuits de distribution :
– GMS : 43 % des volumes (–6,4 % vs 2023)
– Magasins spécialisés : +8,88 % en volumes (vs 2023)
– Restauration collective : +14 % (vs 2023) / +53 % (vs 2021)
– Boucherie traditionnelle : 11,7 % des volumes (–2,08 % vs 2023)
– Vente directe : –5,5 % vs 2023
En 2024, le marché des viandes biologiques affiche une évolution contrastée selon les circuits de distribution :
Les magasins spécialisés et la restauration collective soutiennent la croissance, grâce à une offre mieux valorisée et aux effets des lois Egalim et Climat et Résilience, qui encouragent l’intégration de produits bio dans les menus. La restauration collective devient un débouché stratégique pour la filière, soutenue par la réglementation et une forte présence du bio, notamment sur le veau et les gros bovins.
À l’inverse, les circuits traditionnels s’essoufflent : la part des grandes et moyennes surfaces recule de 66 % en 2019 à 43 % en 2024, la vente directe se contracte de 5,5 % et la boucherie traditionnelle, qui représente 11,7 % des volumes, enregistre un léger repli de 2 % sur un an.
Top des ventes bio chez les artisans/commerçants:
- Boissons alcoolisés (46,3%)
- Boulangerie pâtisserie (24,1%)
- Epicerie sucrée (9,6%)
- Epicerie salée (9,4%)
- Viandes (6,1%)
- Mer, traiteur, surgelés (2%)
- Fruits et légumes (1,6%)
- Crémerie et œufs (0,7%)
- Boissons sans alcool (0,3%)
Entre conviction et contraintes : perceptions, freins et leviers
Prix et contraintes budgétaires
Après deux années d’inflation élevée, la pression sur les ménages diminue : 39 % limitent leurs dépenses alimentaires, 5 points de moins qu’en 2023. Pour gérer cette contrainte, ils privilégient les produits moins chers ou descendent en gamme. Dans ce contexte, 86 % des personnes contraintes évitent les produits bio, jugés trop chers, dont 49 % le font souvent.
Le bio reste perçu comme coûteux : 94 % estiment qu’il est souvent plus cher, et plus de 6 Français sur 10 considèrent qu’il sert surtout à justifier des prix élevés ou relève du marketing. La perception du surprix s’améliore légèrement : 31 % trouvent normal qu’un produit bio coûte plus cher, contre 29 % en 2023, mais encore loin du niveau de 2017 (41 %).
Le coût de production reste central dans le débat : certains estiment que le bio devrait être moins cher en raison de l’absence de produits phytosanitaires, d’autres jugent le surcoût justifié par des pratiques plus exigeantes, et beaucoup considèrent que le surcoût ne devrait pas être supporté uniquement par les consommateurs.
Alimentation, santé et perception du bio
Le bio est associé à une alimentation saine et préventive, surtout chez les consommateurs réguliers (65 %). Les Français citent la santé, l’environnement et le rejet des OGM comme principales motivations. Le goût est apprécié par 54 %, mais seuls 13 % s’en disent pleinement convaincus. L’impact économique et social est moins visible : 59 % considèrent que le bio crée des emplois et 57 % qu’il rémunère justement les producteurs, mais peu en sont convaincus. Si la santé et l’environnement renforcent l’image positive du bio, ils ne suffisent pas à lever les freins liés au prix et à la méconnaissance des garanties.
Un cahier des charges reconnu mais mal compris
Le cahier des charges du bio est jugé exigeant par 73 % des Français (+3 points), dont 22 % très exigeant. 49 % considèrent qu’il s’est renforcé ces dernières années (+5 points). Cependant, la connaissance réelle du bio reste limitée :
– 40 % se disent bien informés sur les effets sur la santé,
– 38 % sur l’impact environnemental et
– 55 % sur la réglementation et les contrôles.
Confiance et labels : un enjeu clé pour le bio ?
La multiplication des labels alimentaires contribue à la confusion et à la fatigue informationnelle : 77 % des Français se disent dépassés. Les consommateurs restent attentifs à la qualité et à la sécurité des produits. Les labels influents sont Viande de France, Fruits et Légumes de France, Label Rouge et Nutriscore.
Le label AB, reconnu par 93 %, reste le plus connu, mais sa notoriété ne garantit pas la compréhension des normes. Beaucoup méconnaissent les garanties européennes, alimentant les doutes sur la fiabilité, deuxième frein après le prix.
– industrialisation du bio (33 %),
– normes différentes selon les pays (30 %), méfiance envers les certifications officielles (20 %),
– confusion entre labels (30 % pensent que AB est plus fiable que l’Eurofeuille),
– et craintes de contamination ou d’incertitude sur la traçabilité (28 % chacun).
Seuls 41 % des Français font confiance au bio, niveau proche de la grande distribution (42 %) et des grandes marques (40 %). La confiance est plus forte envers les petits acteurs locaux, expliquant la défiance envers le bio industriel.
18 % des non-consommateurs et 23 % des consommateurs occasionnels ne pensent pas au bio lors de leurs courses.

