Le marché du bio confirme sa décrue en 2022
Crise de confiance sur le label bio, engouement pour les produits locaux et les circuits courts, arbitrage budgétaire… La baisse de la consommation de produits biologiques en France en 2022 résulte d’une combinaison de facteurs économiques, de changements dans les préférences des consommateurs, de préoccupations environnementales et de défis liés à la confiance dans le label bio.
Ces évolutions suscitent des questions sur l’avenir du secteur bio à court et moyen terme.
Le marché du bio en 2022
L’Agence Bio a présenté le Panorama 2022 du bio ainsi que son Baromètre des produits biologiques en France (édition 2023).
Les chiffres clés 2022
Le marché du bio consommé à domicile, qui constitue une part importante du secteur (92% des débouchés), connaît un recul global de 4,6%. Ce déclin représente une perte de 600 millions d’euros, amenant le marché à atteindre 12 076 milliards d’euros en 2022.
Milliards d'euros de chiffre d'affaires
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de baisse des achats bio pour la consommation à domicile (600 millions € de perte)
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de baisse de la part du bio dans le panier
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bio dans la consommation alimentaire des ménages
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bio consommé à domicile
M€ achats bio de la restauration
Les acteurs du marché bio
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Grande distribution généraliste (-4,7 %)
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Distribution spécialisée bio (-8,6 %)
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Vente directe (+3,9 %)
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Artisans-Commerçants (-2,6 % par rapport à 2021)
Top des ventes bio chez les artisans/commerçants:
- Boissons alcoolisées (33,1%)
- Boulangerie-pâtisserie fraiche (31,7 %)
- Epicerie (19,5 %)
- Viande (9,5 %)
- Mer traiteur surgelés (3,3 %)
- Fruits et légumes (2,1 %)
- Crémerie et œufs (0,7 %)
Les acteurs par produits bio
Ventes de produits de boulangerie bio :
Les ventes de la viande bio
La consommation bio
L’inflation et la consommation bio en 2022
En 2022, l’inflation a un impact négatif sur le pouvoir d’achat des Français, les poussant à dépenser davantage tout en réduisant leur consommation.
L’année 2022 est donc marquée par un net recul de la consommation alimentaire des ménages à domicile : les dépenses alimentaires des ménages à domicile atteignent 199 milliards d’euros en 2022, en hausse de 3 milliards d’euros par rapport à 2021. Cependant, en excluant l’inflation, les dépenses alimentaires des ménages affichent une baisse de 5,1 %.
L’inflation affecte moins le bio que l’alimentaire en général avec un taux de 4% en bio, versus 6,7% au global selon Nielsen. Et l’inflation est plus marquée dans la grande distribution (+6,7 %, selon NielsenIQ) que dans les magasins spécialisés (+2,8 %, selon Good, Bioanalytics).
Le prix une contrainte forte dans les achats alimentaires
Si l’alimentation est perçue comme un plaisir par la majorité des Français, les préoccupations santé occupent la 1ère place dans leur rapport à l’alimentation tandis que l’environnement est une préoccupation croissante dans leur approche de l’alimentation.
Malgré ces considérations, près de 49 % des Français privilégient le prix lors des achats alimentaires. 46 % se restreignent financièrement, dont 14 % avec d’importantes contraintes.
Ceci affecte le choix du bio : 83 % des contraints évitent les produits bio jugés coûteux. 87 % comparent toujours les prix avant d’acheter, et 65 % font du prix leur critère principal. 56 % des contraints admettent manger moins que souhaité.
Les consommateurs de produits bio en 2022
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des Français consomment des produits bio au moins une fois/mois (-16 points par rapport à 2021)
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des Français n’ont pas consommé de produits bio (x2 par rapport à 2021)
des consommateurs quotidiens consomment à 75 % du bio (+ 10 points par rapport à 2021)
Profils des 5 consommateurs de produits bio :
Qui sont les consommateurs bio réguliers ?
Les consommateurs bio réguliers (au moins une fois/ semaine) sont majoritairement issus des CSP+ et intermédiaires, ainsi que des groupes aisés et éduqués. Toutefois, la consommation régulière de produits bio est étroitement liée aux orientations politiques et aux préoccupations environnementales. De plus, elle est fortement influencée par l’attention portée aux effets de l’alimentation sur la santé. En effet, 53 % des Français très attentifs à ces effets consomment des produits bio au moins une fois par semaine, tandis que ce chiffre n’est que de 6 % parmi celles qui ne s’en soucient pas.
Les nouveaux consommateurs réguliers de produits bio ont diminué par rapport à 2021, représentant désormais 8 % des consommateurs bio habituels (5 % de la population totale). Ce groupe recrute principalement parmi les 18-24 ans (9 %) et les revenus modestes (9 % parmi les chômeurs et les ménages gagnant moins de 1000 euros par mois par unité de consommation). Les fruits, les légumes frais et les œufs sont les produits bio les plus populaires parmi ces nouveaux adeptes.
Les motivations principales des consommateurs bio réguliers sont la préservation de la santé (33 %, +6 % par rapport à 2021), suivie par le goût (13 %). La préservation de l’environnement arrive en troisième position, mentionnée par 12 % des consommateurs réguliers.
Des doutes sur la réalité du bio
Si le prix reste le 1er frein déclaré à la consommation de produits alimentaires bio, on observe en 2022 une très forte progression de la remise en question de la réalité du bio qui arrive en 2ème position des arguments invoqués, par 57 % des non consommateurs de bio (17 points par rapport à 2021).
Dans le paysage français, le secteur bio fait face à des fortes remises en question concernant la justesse de ses prix et à une dégradation de la perception de la qualité de ses produits.
La remise en cause des prix du bio et la dégradation de l’image qualité des produits bio :
• 94 % des Français reconnaissent que les produits bio sont généralement plus chers.
• 59 % estiment anormal l’écart de prix entre les produits bio et conventionnels.
• 64 % pensent que la mention « bio » est utilisée pour justifier des prix plus élevés.
• 61 % considèrent que le bio est principalement utilisé comme stratégie marketing.
Les convictions environnementales et de santé liées au bio :
Bien que les qualités environnementales des produits bio soient largement reconnues, les croyances à ce sujet sont en déclin.
• 82 % pensent que l’agriculture biologique contribue à préserver l’environnement et la qualité des sols, mais cette part a diminué de 7 points par rapport à 2021.
• 24 % sont tout à fait d’accord que les produits bio sont meilleurs pour la santé, une baisse de 8 points par rapport à la précédente édition du baromètre.
Perception de l’impact économique et social du bio :
• 62 % estiment que les produits bio génèrent des emplois, mais la part de personnes « tout à fait d’accord » a baissé de 8 points par rapport à 2021.
• 60 % pensent que l’agriculture biologique assure une juste rémunération des producteurs français, mais cette opinion a diminué par rapport à 2021.
Connaissance partielle du bio :
• 75 % des Français savent que le bio répond à un cahier des charges strict.
• 30 % estiment que ce cahier des charges s’est assoupli au fil des années.
• Des incertitudes persistent sur la définition du bio, par exemple, 35 % ne savent pas que les produits bio sont sans pesticide, et 51 % ignorent que cela s’applique aux produits transformés.
• 40 % ne pensent pas que le bio favorise particulièrement les circuits courts, ce qui soulève des interrogations à un moment où près de 70 % des consommateurs cherchent activement à privilégier les circuits courts.
Défiance envers les labels : des labels bios connus mais largement concurrencés
Comme pour la grande majorité des labels de qualité et environnementaux, le bio a connu une importante baisse d’intérêt pour les consommateurs en 2022.
• Le Nutriscore perçu comme synthèse d’informations cruciales, face à la multitude de labels et certifications
• 29 % très attentifs au Nutriscore, 23 % au logo AB, 18 % à l’Eurofeuille
• 84 % prêtent attention à une mention sur la composition des produits : la provenance des produits est la mention la plus consultée (48 %).
Les Français ont plus confiance en les « petits » acteurs du bio
Interrogés sur le degré de confiance qu’ils accordent à différents acteurs de l’alimentaire, les Français se montrent particulièrement confiants à l’égard des « petits » acteurs perçus plus proches, mieux incarnés ou partageant des intérêts communs.
- 87 % font confiance aux petits producteurs en tant que consommateurs
- 85 % font confiance aux artisans
- 80 % font confiance aux agriculteurs
- 72 % font confiance aux petits commerçants
Tendances pour la consommation bio
La majorité des Français désirent maintenir leur niveau actuel d’achat de produits biologiques. En revanche, 12 % envisagent de diminuer leur consommation tandis que 10 % projettent de l’augmenter, ce qui se traduit par un déficit de -2 points en termes de changement global.
Les prévisions de modification de la consommation sont plus optimistes chez les consommateurs réguliers de produits bio : 79 % d’entre eux ont l’intention de continuer ou d’accroître leurs achats au cours des six prochains mois, tandis que 12 % prévoient de restreindre leurs dépenses.
Les jeunes (moins de 35 ans) et les personnes aux revenus modestes sont les plus enclins à envisager une réduction de leur consommation de produits biologiques.
Le bio : un marché principalement Made in France
70% du bio consommé en France est produit en France. Hors produits tropicaux, le chiffre monte à 83%.
Les filières comme le lait, les œufs, le vin, la viande, la boulangerie-pâtisserie, les légumes sont autosuffisants à plus de 80%.
L’avenir du bio ?
Les évolutions concernant la consommation bio suscitent des questions sur l’avenir du secteur bio à court et moyen terme.
À court terme, en raison de l’inflation, les ménages devraient continuer à privilégier les produits moins chers.
Cependant, à plus long terme, les enjeux écologiques et la conscience environnementale des ménages pourraient soutenir le secteur bio, à condition qu’il surmonte la concurrence des labels et regagne la confiance des consommateurs quant à l’origine des produits.

