Quelles sont les pistes d’évolution de la consommation alimentaire post-covid ?

 

La propagation du coronavirus en France a bousculé, de manière inédite, les habitudes de consommation et les comportements alimentaires des français.
La question est de savoir si ceux-ci vont perdurer, si la crise sanitaire laissera des séquelles dans les habitudes alimentaires… Même si plusieurs tendances de consommation existantes avant la crise semblent rester d’actualité, voire gagner en importance aux yeux des consommateurs, il faut toutefois prendre en compte l’ensemble des facteurs qui pourront influencer les choix et les comportements alimentaires des français.
France AgriMer, a imaginé plusieurs scénarios possibles de changement de la consommation alimentaire française dans un avenir proche.
Pour les artisans de l’alimentaire, comme pour tous les autres acteurs du marché, il s’agit de pistes à envisager et à anticiper pour mieux s’adapter aux possibles changements dans les pratiques alimentaires des français.

 

De nouvelles habitudes de consommation avec la crise du Covid-19

Les Français déclarent avoir modifié certaines de leurs habitudes de vie pendant la période de confinement et notamment leurs pratiques alimentaires.
La crise sanitaire a fait augmenter le budget alimentaire. Le critère prix est ainsi tout à fait déterminant dans la sélection des produits. Le drive et la livraison à domicile ont connu un fort essor.
Les français ont profité du confinement pour se remettre aux fourneaux et pour prendre soin de leur alimentation en cuisinant des repas équilibrés avec des produits de qualité, locaux et de saison. Ainsi, les achats de produits bruts sont plus importants et valorisés par le « fait-maison ».
Depuis le coronavirus, les paiements sans contact ont explosé.
Cette crise a également été l’occasion de repenser la façon de faire les courses, en privilégiant les circuits courts, les commerces de proximité, la vente directe auprès des producteurs locaux ou encore en achetant plus de produits bio.

Plus d’infos dans notre dossier « La crise du Covid-19 : de nouveaux comportements alimentaires ? »

 

Les 5 scénarios possibles de changement de la consommation alimentaire française : 

1. L’après-guerre

Priorité à la convivialité et à la fête, après la crise sanitaire, et pour l’environnement et le climat on verra plus tard…
Dans ce scénario, la crise sanitaire est considérée comme derrière nous grâce à la disponibilité d’un vaccin et la relance économique, prioritaire, bénéficie d’un soutien public massif. Les questions environnementales sont relayées au second plan.
Après ces périodes de fortes limitations, l’heure est au retour à la convivialité et à la volonté de retrouver son mode de vie passé et de dédramatiser la période de crise sanitaire.
La fête, les déplacements, la culture, le tourisme sont les nouvelles priorités. Le développement du télétravail est limité.
La convivialité redevient une valeur essentielle de l’alimentation.

 

Alimentation festive
Fastfoods, snacking, bars, et consommation hors domicile en général connaissent un rebond important.
L’alimentation santé recule au profit de l’alimentation festive, symbole d’une convivialité retrouvée qui redevient une valeur essentielle de l’alimentation.
La recherche de convivialité est telle qu’elle prend le pas sur certaines formes d’alimentation communautaire (religion, véganisme…). La viande est remise à l’honneur suite aux progrès réalisés sur le bien-être animal, sur l’organisation des circuits courts et parce que les préoccupations pour les questions environnementales sont moins importantes. La viande est de nouveau perçue comme un produit de qualité, mais cher.
Les plats familiaux (économique et nourrissant) connaissent un regain d’intérêt à domicile et en restauration.

La qualité des produits n’est plus une priorité
Les caractéristiques des produits achetés pour être consommés à domicile ne constituent pas une priorité pour les consommateurs. Ni la naturalité des produits, ni même les signes officiels de la qualité et de l’origine ne figurent parmi les priorités des consommateurs. Ce qui compte avant tout, c’est l’immédiateté et le partage, davantage que ce que l’on mange.
Le recours aux circuits courts, aux produits bio et la solidarité avec les petits commerçants ne sont pas non plus une priorité mais seront préférés à condition que les prix restent accessibles.
Les marchés de plein air font un retour en force.
Le recours à la livraison de repas de cuisine internationale, se maintient mais parmi d’autres pratiques.

2. Alimentation contrôlée

Alimentation sous contrôle dans une sortie de confinement qui s’éternise
Dans ce scénario, à l’issue de plusieurs mois de confinement et de dé-confinement progressif avec des messages maintenant la population en état de stress permanent, la prise alimentaire a lieu, de manière privilégiée, en solitaire.
Le discours liant crise sanitaire et changement climatique s’est développé. Afin de faire de la crise sanitaire une « crise salutaire », le gouvernement opte alors pour une orientation de la relance économique en faveur de l’économie verte en privilégiant l’approvisionnement local et national.
Le mode de vie du confinement devient un modèle. La société est organisée autour du sentiment qu’un rassemblement de plus de 10 personnes est un facteur de risque. Ainsi le e-commerce et le télétravail sont banalisés.

Des solutions repas
Le choc économique a fait doubler la part de la population en insécurité alimentaire imposant la création en urgence d’une restauration sociale pour nourrir les populations en difficulté.
Des études ont démontré qu’il valait mieux livrer des repas élaborés industriellement plutôt que des produits bruts dont la transformation nécessite des équipements (cuisine) et génère des déchets et du gaspillage.
Une part de plus en plus dominante de la population se nourrit grâce à des solutions-repas livrées (salariés en télétravail, étudiants de l’enseignement à distance, personnes âgées hors EPHAD…). La composition de ces repas est définie pour chaque consommateur en fonction de ses caractéristiques (âge, poids, sexe, problème spécifique de santé…).
Plusieurs systèmes de distribution sont testés avec des points de retrait, de la place de village à la barre d’immeuble (en attendant la livraison par drone). Les achats se font via internet quel que soit le point de retrait, et les grands hypermarchés ferment les uns après les autres.

Peu de préparation de repas
Le repas a perdu son rôle pivot de la vie familiale et de la convivialité. La crainte de l’autre a laissé des séquelles et la prise alimentaire a lieu, dès que possible, en solitaire.
Les consommateurs ne cuisinant plus ou peu, les achats de produits alimentaires bruts sont en recul. D’ailleurs, la suppression de la cuisine est la règle dans les logements sociaux en construction.
Pour la faible part de la population qui ne dépend pas de la distribution sociale de repas (les classes aisées, les scolaires, les salariés en télétravail, les personnes âgées…), la commande de repas livrés à domicile peut être complétée par des préparations culinaires à domicile à partir de produits peu chers : promotions, épiceries solidaires, cueillette chez des producteurs locaux…. A condition qu’ils disposent des équipements et des savoir-faire nécessaires…
Pour des raisons éthiques ou économiques la consommation de viande diminue fortement.

Parallèlement, la restauration du midi dans les zones d’activité souffre du télétravail, et celle liée au loisir et au tourisme subit leur déclin.
Seules les enseignes de fast-food s’en sortent bien grâce à la vente à emporter ou la livraison à domicile. En effet, la consommation sur place reste marginale.

3. Produits nationaux sauf pour l’entrée de gamme

Le recentrage sur les produits nationaux est limité par l’entrée de gamme importée
Ce scénario envisage une reprise de l’épidémie de coronavirus sans retour au confinement. Malgré le soutien public massif déployé en 2020, la situation économique française s’aggrave et affecte la sphère financière qui manque d’entrer en crise.
En France, le gouvernement opte pour un « new deal » associant relance et réorientation de l’économie. Certaines productions agricoles devenues trop limitées se redéveloppent, stimulées par les aides de l’Etat. Pour compléter certaines productions nationales insuffisantes et maintenir des prix accessibles aux populations les moins aisées financièrement, le recours aux importations nécessaires est limité aux produits d’entrées de gamme et aux premiers prix.
La population est partagée entre le désir de maintenir les liens humains tissés pendant la crise (solidarité locale, notamment avec les personnes fragiles) et ré-individualisation des comportements, justifiée par la distanciation.

 

Plus de produits basiques et de produits transformés 1er prix

Avec une part grandissante de la population en difficulté financière et une baisse de certaines productions alimentaires nationales (problèmes de main d’œuvre et retard dans les travaux agricoles pour certains fruits et légumes), la consommation de produits « basiques » vendus en vrac (pommes de terre et autres produits bruts) est en croissance. Ces produits sont économiques (moins cher sans emballage ni transformation).
Les ménages consomment moins de légumes mais plus de féculents, et moins de marques mais plus de vrac et de produits transformés premier prix.
Le prix étant déterminant dans les critères d’achat, certains produits (viande rouge…) et certains circuits (restauration traditionnelle…), les plus onéreux, souffrent plus particulièrement.
La part de l’alimentation dans le budget des ménages augmente, soit du fait de la baisse des revenus, soit par l’achat de produits de qualité français pour ceux, de moins en moins nombreux, qui en ont les moyens financiers et la volonté politique.

Recherche de produits de qualité pour sa santé
Inquiète pour sa santé, la population prend en main sa sécurité alimentaire. Ainsi, l’obésité étant un facteur de risque reconnu, le contenu nutritionnel de leur alimentation redevient une préoccupation. De même, la transparence sur la composition et l’origine des produits revient au premier plan.
Mais, les consommateurs les plus fragilisés économiquement, sont moins préoccupés par le contenu des produits que par la crainte d’une pénurie.
L’approvisionnement recentré sur les produits nationaux profite aux circuits courts et aux marchés de plein air. Ceux-ci offrent la possibilité d’économiser sur les prix de la livraison tout en facilitant la comparaison directe des produits (dates, prix, aspect).
Les plus sensibles au stress santé acceptent de sacrifier d’autres postes de dépenses pour faire appel à la livraison de repas livrés strictement « portionnés » : la livraison diminue le risque de contamination et le calibrage des portions participe à la prévention de la prise de poids (facteur aggravant de la Covid), diminuant aussi, à titre secondaire, le gaspillage.
Par réaction au stress sanitaire et économique, certains ménages se tournent vers des produits rassurants (produits de l’enfance, produits du patrimoine) et retournent aux fourneaux.

Besoin de convivialité
Le besoin de convivialité en présentiel connait un nouveau rebond. Le prix est souvent déterminant et favorise le retour à une forme de convivialité avec une nourriture partagée plus économique autour de plats familiaux à domicile cuisinés avec des produits relativement peu onéreux (gratin dauphinois, pâtes à la carbonara…). Les pâtes et les conserves sont remis à l’honneur au détriment des produits frais. De plus, certaines expériences acquises pendant le confinement de type « cuisiner les restes » sont remises en valeur.
En réponse au besoin de convivialité, la restauration à l’extérieur est une solution quand les moyens le permettent.

4. Feux verts

Une alimentation saine accompagnant une transition environnementale et écologique
Dans ce 4ème scénario, même si la récession est forte suite à cette crise sanitaire, la France redémarre notamment grâce au chômage partiel et aux interventions ciblées de soutien aux secteurs les plus touchés. Suite au stress généré par cette pandémie, la préoccupation première devient de vieillir en bonne santé. La technologie est alors perçue comme un progrès pour améliorer et faire fonctionner un quotidien bien chamboulé. Ainsi, les sujets techniques, auparavant tabous, ne suscitent plus de rejet massif (l’agriculture de précision, la viande artificielle et de synthèse, les repas en gélules…).

 

Un nouvel élan pour l’écologie
Les consciences environnementales s’éveillent. Les consommateurs ciblent et valorisent les produits durables, prioritairement produits en Europe. Les aides publiques sont de plus en plus conditionnées à des « plans verts » dans les entreprises et des mesures encourageant la limitation des activités et déplacements inutiles sont prises, notamment par la généralisation du télétravail et des réunions virtuelles.

L’alimentation santé
Les préoccupations santé accroissent l’exigence des consommateurs vis-à-vis des produits pour une alimentation saine et durable (contenu nutritionnel, composition, origine). Le consommer « moins mais mieux » est plus que jamais d’actualité et se traduit par des choix qualitatifs de certains produits au détriment d’autres, des exclusions ou fortes limitations de certains produits comme les viandes, des changements des proportions dans l’assiette…
Les circuits de vente directe des producteurs aux consommateurs deviennent très importants dans l’offre alimentaire.
La recherche d’une alimentation santé est pour la majorité des consommateurs synonyme d’alimentation la plus naturelle possible (bio, de saison, locale, issue de systèmes de cultures diversifiés…), mais pour d’autres consommateurs, elle est synonyme d’alimentation ultra-transformée voire futuriste (alternatives végétales agglomérées, supers aliments, repas en barres, compléments alimentaires…).

 

Essor de la vente à emporter
La restauration développe massivement la vente à emporter notamment en réponse à l’augmentation du télétravail. La grande distribution étoffe son offre drive et surfe sur la tendance « santé » et « respect de l’environnement ».
Le snacking (sain) augmente. Les rayons traiteur se développent dans les grandes surfaces et les commerces tels que les boulangeries développent leur offre snacking.

5. Précarité alimentaire

En période de crise généralisée l’alimentaire devient une valeur refuge et politique.
Ce 5ème et dernier scénario imagine un nouveau confinement suite à un nouvel épisode épidémique entrainant une grave crise financière mondiale. La discipline budgétaire est privilégiée et limite l’intervention publique.
Les difficultés économiques et le ralentissement du commerce international créent des pénuries qui entrainent une insécurité alimentaire. Les moyens collectés par les banques alimentaires, resto du cœur… ne permettent plus de faire face à l’augmentation inquiétante de la population en grande précarité.
L’Etat subventionne l’alimentation quotidienne des plus démunis, et développe les drives locaux et la livraison à domicile, pour les travailleurs pauvres, notamment dans les zones de forte contestation.

Le critère prix
Du fait de l’appauvrissement de la population, le prix devient le principal, voire l’unique, critère de choix des consommateurs. On assite alors à un redéploiement du hard discount, des solderies, des épiceries solidaires, des circuits courts à la campagne (drive fermier…) ainsi que du « fait maison » avec les produits bruts, les achats en vrac pour économiser sur le packaging… Les consommateurs sont moins exigeants sur les produits alimentaires (contenu, composition, provenance).
Compte tenu du prix de la viande, les consommateurs en consomment moins. La végétalisation des menus se généralise avec le développement de repas sans viande et une substitution par des protéines végétales.
La grande distribution se lance dans une guerre des prix et étoffe ses marques de distributeur.

Prise de conscience du lien agriculture – alimentation
Le confinement, le télétravail (favorisé par les entreprises) et la perte d’emploi favorisent les mouvements de population vers la campagne et la prise de conscience du lien agriculture – alimentation. Les potagers ruraux, comme les jardins ouvriers périurbains sont de plus en plus sollicités.
L’autoproduction et l’achat en circuit court apportent des solutions à différentes préoccupations (convivialité/lien social, économie, qualité des produits, provenance…).
Même si pour la majorité de la population, l’enjeu est la survie économique, une part de la population est inquiète pour sa santé et devient plus exigeante sur la qualité des produits (qualité nutritionnelle, composition…).

Pour en savoir plus :

L’impact de la crise de la COVID-19 sur la consommation alimentaire en France : parenthèse, accélérateur ou élément de rupture de tendances ?
France AgriMer – Septembre 2020

Consommation alimentaire post-COVID en France : cinq scénarios possibles
France AgriMer – Septembre 2020

Publié le 08/02/21

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